21 novembre 2004
Comment impressioner une fille
Récemment, j'ai voulu impressioner une fille qui me plaisait énormément
et avec qui j'entretenais une correspondance intense depuis des mois.
J'ai donc peaufiné ce texte pendant des semaines avant de lui envoyer
par mail. Le voici ainsi que la réponse :
"Ça a commencé, il y a environ trois ans.
Jusqu'alors, tout allait plutôt bien avec les nanas. Tout était cool et
simple, je les aimais beaucoup en général. Puis tout a basculé, comme ça :
CRAC, un gros largage ultra-vénèr' après 3 ans de couple, le Dany Brillant
de pacotille avait fini par gagner, ça a failli me laisser sur le carreau,
j'ai tenu bon. Je me disais "ça arrive, c'est la vie", et grâce à mon
incommensurable optimisme, je m'en suis remis. Sauf que depuis ce jour-là,
on dirait que toutes les filles de la Terre se sont liguées pour me faire
chier.
Tout est employé, tous les moyens sont bons. Il y a celle qui m'a cachée
pendant des mois qu'elle vivait avec quelqu'un, celles qui m'ont sorti le
fameux "tu comprends je t'aime beaucoup, t'es adorable, mais je sors tout
juste d'une relation compliquée et je suis pas prête à m'engager
gnagnagna", celle qui n'a rien trouvé de mieux que de venir avec un pote à
mon invitation au resto, celle qui apparemment me confondait avec son ex
(je ne m'appelle pas Michel et je ne t'ai pas plaquée 4 mois avant ton
mariage), celle qui est retournée vivre avec son ex, celle qui m'a largué
le jour de la Saint Valentin, celle qui trouvait que "bien souvent les
échanges virtuels manquent de ce charme de la rencontre fortuite de la
découverte des corps, préalable à celle des esprits, de ce jeu de séduction
non maîtrisée, animal... ", qui me réclamait du sexe, des massages, de la
conversation, des passions communes et énormément de tendresse, mais qui
surtout aimait abuser de toutes les substances dont on peut abuser. J'ai
également eu droit aux innombrables "T'inquiète pas, t'es un mec bien, tu
trouveras celle qui te convient" ou "Je suis trop indépendante pour
m'engager maintenant" (avant de se marier dans l'année).
TOUT, on m'a tout fait.
Alors j'ai commencé à me poser des questions. Malchance ? Hasard ? Mauvais
karma ? Peut-être, mais je ne suis pas superstitieux (même pas un tout
petit peu stitieux), je n'y crois pas, il doit y avoir une explication
rationnelle à toutes ces annulations de dernières minutes, ces plans
foireux et autres coups tordus. Alors j'ai continué à réfléchir, et la
réponse, je l'ai trouvée, par déduction, par élimination : c'est un
complot. Ça ne peut en pas être autrement.
Car d'un point de vue aléatoire, ce qui m'arrive est totalement impossible,
c'est en contradiction totale avec toutes les lois de base de la
statistique moderne (courbe de Gauss, loi de la tartine beurrée, ?). Tout
cela ne pourrait arriver sans une entité inconnue, une volonté d'une
puissance terrifiante, qui aurait décidé, un jour, de me détruire....
La réponse, la cause de tous mes récents déboires, c'est les LSLF, les
Ligues Secrète de Lutte Féminine, une organisation mondiale et clandestine,
au passé trouble et aux méthodes radicales. Cette ligue regroupe la
quasi-totalité des femmes de la planète et possède de fait une capacité de
nuisance hors du commun.
Tout s'explique à ce moment précis. Depuis trois ans, je suis la -ou plus
probablement "une des"- cible(s) de ce réseau parallèle et surarmé.. Je
subis depuis toutes les attaques possibles et imaginables de ce fourbe
groupement.
Mais Elles ne m'auront pas, je lutterai jusqu'au bout. Je commence à
connaître leurs méthodes, j'arrive de mieux en mieux à parer, voire à
répliquer, je leur donne du fil à retordre. J'ai développé mes techniques,
mes contre-attaques secrètes (le coup du "je suis déjà pris", la technique
du demandage à un pote de dire que je suis mort dans un accident de bungee,
la feinte du "bah, d'façon j'm'en fous, t'es moche",... ). Je sais qu'Elles
savent que je sais qu'Elles existent, et je sais qu'Elles savent ça aussi.
Je suis surveillé, c'est la guerre, une guerre souterraine mais néanmoins
meurtrière. Alors il faut la jouer fine, rester sur ses gardes. Si mon
attention et ma méfiance faiblissent une seule seconde, ce sera peut être
la fin.
Je suis conscient que je ne pourrai pas tenir indéfiniment comme ça, qu'un
jour où l'autre je me ferai avoir, Elles sont trop puissantes, et les
offensives s'intensifient. Certains de leurs agents sont absolument
redoutables (j'en soupçonne même certaines d'avoir été créées génétiquement
dans les labos de la LSLF, dans le but d'en faire des machines de guerres
indestructibles, dotées à la fois d'un physique de rêve, d'un regard
hypnotiseur, d'un esprit retors et d'un goût sanguinaire et insatiable pour
la violence sentimentale; j'ai eu à faire à l'une de ces aberrations
génétiques, j'ai failli y rester).
Donc la seule chance de survie pour moi, c'est de comprendre POURQUOI.
Pourquoi cet acharnement, quelle volonté est à la base de tout ça.. Si je
trouve la réponse, la racine du problème, peut-être en trouverai je aussi
la solution.
Alors encore une fois je me mets à réfléchir. Pourquoi moi ? Je suis
l'homme idéal : je suis beau, intelligent, culturé, esthète, mélomane,
parfaitement trilingue, drôle, gentil, honnête, je sais très bien cuisiner
(je connais des gens prêts à se damner pour mon lime & coconut cheesecake),
je n'aime pas le foot, je ne suis pas passionné par les voitures de course,
je n'ai jamais fais une seule crasse à une nana, je n'ai jamais trahi
personne. Bon, forcément, à l'époque du collège (et même jusqu'à la fac),
comme pas mal de gars, j'ai donné dans la violence gratuite anti-gonzesse :
dégraphage de soutifs en cours, aspergeage d'encre sur pulls bien
blancs,... Mais bon, j'étais jeune, et c'était pas bien méchant avec le
recul. De plus, si tout ça avait été la cause de la vendetta dont je suis
victime aujourd'hui, ça aurait commencé bien plus tôt...
Non je sais pourquoi tout ça arrive. Justement je suis l'homme idéal, et
c'est ça le problème, je les DERANGE. Oui, et plus précisément, je mets en
danger la LSLF. Mon raisonnement peut paraître bizarre à ce point-là, alors
je vais m'expliquer.
Pourquoi la LSLF voudrait détruire un homme idéal comme moi ? À la base,
cette organisation existe pour protéger les femmes et punir les salopards
et les cons, qui représentent environ 94,4% de la population masculine
mondiale, donc je devrais au contraire être soutenu ! Mais la vérité est
bien plus complexe et bien plus sombre, on est proche de l'abomination là,
je te le dis. Il se trouve que la LSLF a été détournée de son but originel
par une succession de dirigeantes corrompues et avides de pouvoir, qui
utilisent aujourd'hui la formidable puissance qu'Elles ont entre les mains
pour servir leurs propres intérêts. Un peu comme Chérèque et la CFDT, quoi.
Tout le pouvoir de la LSLF réside dans le dégoût qu'inspirent les hommes
aux femmes. Si la nouvelle venait à se répandre que des mecs comme moi
existent, ça pourrait mettre en danger les fondements même de
l'organisation, et remettre en question le pouvoir de la mafia sanguinaire
et oestrogénisante actuellement à la tête de la Ligue. L'obscurantisme est
à la base même de son pouvoir, une telle information aurait l'effet d'une
bombe. Du coup, alors que je devrais être soutenu et encouragé, je me
retrouve pourchassé, je suis un ennemi, une cible, du gibier (à ce sujet il
faut absolument regarder l'excellent quoiqu'un peu tardif " Très chasse "
diffusé sur TF1, la nuit).
Abasourdi par ces terribles révélations, j'ai craqué à un moment, j'ai
parlé de ça à des gens, qu'heureusement je pense au-dessus de tous
soupçons. L'un d'eux m'a dit "Mais tu racontes partout que t'es l'homme
idéal ou quoi ?". Je lui ai répondu "T'es fou ! Autant me dessiner une
cible dans le dos pendant que j'y suis !". Les gens ne se rendent pas
compte de la puissance contre laquelle je me bats. On m'a même dit "Alerte
la presse !". Tsss... avec toutes les femmes qui y travaillent... Non, il
ne faut pas baisser les bras, et rester vigilant. Maintenant j'en sais
beaucoup, trop même. Ça veut dire que je suis plus fort, mais aussi plus
dangereux pour Elles. On m'a dit "T'as qu'à te faire passer pour un homo",
mais ce n'est pas si simple que ça. Il n'y a pas de fuite possible, je suis
trop dangereux. C'est Elles ou moi. Je ne serai tranquille que le jour où
j'aurai brisé le complot à sa base, où j'aurai réglé ça dans un bain de
sang, à la façon de la Mariée contre les Crazy 88 dans Kill Bill.
Mais si je devais faillir à ma mission, on se souviendra alors peut-être de
moi, d'un gars de 33 ans qui faisait des sites web pour survivre dans cette
jungle hostile qu'est le monde aujourd'hui, et qui aura, par son courage
permis de mettre à mal un des plus grands complots de toute l'Histoire. On
apprendra mon nom en CM2, on rebaptisera Saint Nazaire en Stévenville,
j'aurai p'têt même des porte-clefs avec ma tête dessus. Quand j'y pense
c'est pas si mal.
Je n'ai plus le temps de poursuivre. Deux merveilleuses créatures
callipyges (quel joli mot quand on sait ce que cela veut dire), les
nouvelles commerciales de SENOTEC, m'attendent pour faire le point sur la
garantie. C'est bizarre, je ne me souviens pas de ce rendez-vous. Comment
ai-je pu oublier ?
À bientôt, peut-être."
La Réponse
"- Impressionant ce mail. Mon mec ne pourrait jamais écrire un truc pareil"
Bon, bah j'ai réussi à l'impressionner. C'est déjà ça !